23 Février 2013
C’est parti !
Comme elle nous l’a demandé, je pense à un trou, que je connais. Celui que je m’invente n’existe pas. Il est au pied d’un arbre. Magnifique. Je le vois souvent cet arbre. Dans ce monde du milieu, je vais le toucher, car il est doux, immense. Une de ses branches, colossale, entre dans la terre. Sûrement y implante quelques racines et ainsi s’ancre et prolifère. Puis ressort et continue sa croissance.
J’ai vu à la télé un reportage sur une forêt. Dont une seule graine était la génitrice de tous les arbres qui la composaient C’est magnifique, non ? Une forêt immense, dont toutes les racines sont reliées à cette petite graine, vieille de centaines de milliers d’années. Quelle force !
Alors je descends dans le trou. Glisse au travers de branches et de terre. Et me voilà dans un tunnel. Un canal dont les contours sont racines, terre, mousses, lichens. Me voilà dans mon terrier, quoi.
Je fais comme on m’a dit : j’attends. Mon animal de force. On m’a dit de l’attendre, et de ne surtout pas l’imaginer. Mais je ne voudrais pas de loup, ou d’aigle. Trop commun. Trop Johnny.
J’aimerais bien une petite fourmi, qu’elle puisse m’emmener dans l’infiniment petit, mais ce n’est pas moi qui choisit. Alors j’attends. Rapidement, la moitié de mon champ de vision est emplie par un œil. Un bel œil, rond, immense. C’est un hibou et il est magnifique.
Alors je lui dis : « Montre-moi ton monde ».
Et il m’emmène. Il volète, je cours derrière lui. Oui, je cours. Jamais je ne me suis sentie aussi légère. Et je finis par voleter avec lui. Je rebondis dans les airs, je me vois comme un petit Kokopeli, me retrouve au sol, je virevolte, c’est divin. Et cela dure. Je continue de lui dire : « Oui, montre-moi ton monde, c’est beau ! ».
Et puis, c’est comme une caverne. Mais sous la terre. Le plafond est haut. C’est une clairière, mais souterraine. Faite d’arbres, de verdure, de bois, il y a du vert dans toutes ses déclinaisons, comme ce que j’ai pu voir un jour en Forêt Noire, en Allemagne. Alors je m’étais extasiée, sur toute cette gamme de verts, les autres me disant c’est bon, on a compris.
Je suis attablée avec mon hibou. Une belle, massive table de bois. A côté d’un arbre tout en écorce et en lierre. Nous restons assis avec Hibou, et je lui dis :
« Qu’est-ce qu’on fait ? ». Je le lui demande tout le temps.
Et il me répond, chaque fois :
« On attend ».
Alors j’attends. J’essaie de ne pas trépigner d’impatience. A notre gauche, un chien assis attend dans l’ombre. Berger allemand. Ou loup. Je demande à Hibou si c’est mon animal de force, il me dit « on attend ».
On boit un coup. Mais ce n’est pas de l’ayahuasca, ça c’est sûr. Je ne suis là que par le tambour. Je l’entends d’ailleurs, au loin. Peut-être est-ce de la bière qu’on boit, j’adore ça. On s’en fout. Et puis on se serre dans les bras, les deux sur la table, il est aussi grand que moi. Il me prend dans ses bras. Je le serre fort.
Le tambour bat le rappel. Hibou me reconduit. A nouveau c’est si léger, si fluide, si véloce. Me laisse le soin de sortir, de revenir chez moi.
Cela a duré une quinzaine de minutes, et c’était magique. C’était le premier jour, pas loin de chez moi.